17 Sep, 2026

ISRAËL : CHAQUE SUPRÉMATISME CRÉE SON TERRORISTE

JEAN ELLEZAM

Naguère on parlait non pas de « terrorisme » mais plutôt de « fanatisme ». Aujourd’hui, le « terrorisme » remplace avantageusement celui de « fanatique ».

En rendant le terrorisme non plus politique mais religieux, on aseptise son esprit. Le terrorisme serait guidé par l’imbécile foi, toujours subjective et imaginaire, mais  non plus comme une raison objective de revendication, une défense contre le suprémacisme. Dans ces termes, le « terrorisme » devient l’anathème, le diable irresponsable, qu’il faut détruire sans sommation, sans discussion. Surtout ne pas discuter avec lui. Traiter l’adversaire de terroriste clos miraculeusement le débat. On est terroriste par pure illumination, gratuitement car on vénère une idée mystique, sans intérêt. De surcroît, le terrorisme est abject intrinsèquement par sa nature, puisque y participent des êtres faibles. Si on n’y prend garde, le terroriste risque de nous tromper, de nous soudoyer, de nous contaminer.

Le terme terroriste fonctionne comme nouvelle forme d’invalidation, de suspicion à l’égard de tous, comme une volonté de rendre absurde un discours et une action dérangeante, révolutionnaire, d’émancipation sociale. Bush pourra ainsi parler des « forces du Mal » contre les « forces du Bien ».

La raison du plus fort a besoin de cette insulte. L’anathème est brandi en intégralité, indéfectiblement, par l’Occident pour taire et discréditer toutes les oppositions armées. Le sionisme use et abuse du vocable terroriste, avec la particularité d’y ajouter à toutes les sauces celui d’antisémite. Mon chien est antisémite. Insulter de terroriste et d’antisémite justifie toutes les fourberies,

Ainsi le terme terrorisme fonctionne comme un retournement, les terroristes, ce sont les autres. Le Bien est le Bien, le Mal est le Mal. La question est de savoir qui est le Bien et qui est le Mal. Ainsi s’interroge-t-on sur la propagande, le mensonge et les médias.

Alors comment construit-on le Bien et le Mal ? Par un évènement qui frappera d’effroi toutes les imaginations, comme une catastrophe, un massacre, une tuerie probante. Celles qui fauchent les innocentes victimes. Une catastrophe capable de susciter toutes les adhésions. Alors il faudra venger cet assassinat d’innocents, ces victimes lâchement portées au bûcher. Le Bien ne saurait tolérer le Mal, surtout s’il est gratuit, absolu, manifeste. Défendre l’innocence se présente comme une évidence, châtier devient urgent. Quand bien même le criminel n’est pas celui qu’on croit, ni celui qui était en légitime défense. La ruse du faux drapeau peut être évoquée.

Pourtant une question se pose d’évidence : à qui profite le crime?

L’exemple du 11-Septembre 2001, signalait, le jour même comme par enchantement, les Arabes. On avait trouvé l’ennemie à abattre sans la moindre preuve, sinon qu’on avait trouvé d’hypothétiques passeports de citoyens émiratis. Un peu gros : l’assassin signait effrontément son crime, même s’il le récusait. Comment pouvait-on croire, sinon que par pur racisme, que les Arabes avaient un intérêt à une telle attaque? L’islamophobie serait un minimum obligé. D’évidence, une telle attaque resserrerait les rangs du pays victime. La revanche serait satanique compte tenu de l’immense force de l’empire américain. À moins d’avoir foi en la divine providence, on ne pouvait supposer que les Américains allaient demander grâce et se rendre, voire céder quoi que ce soit. Les Arabe, si crédules auraient-il pu être, n’aurait d’aucune façon imaginer une telle fantaisie.

Alors pourquoi les Arabes ? Outre, l’argument raciste, selon lequel les Arabes seraient présupposés profondément méchants, naïfs et idiots, l’absurdité crève les yeux. Non seulement les Arabes n’y avaient aucun intérêt. En revanche, de plus, ils ne possédaient pas les fonds, la logistique et la capacité du secret pour organiser un tel coup de maître millimétré. Cet évènement, on l’oublie souvent, exigeait une préparation extraordinairement minutieuse, une connaissance approfondie du terrain, de l’architecture, des matériaux de construction, de la dispositions des explosifs, de l’aviation, des pilotes, des volontaires, des horaires, des habitudes locales, une synchronicité chirurgicale, etc., autant de compétence, de personnels spécialisés et d’intelligence de l’ennemie, que ne pouvaient détenir les saoudiens par eux-mêmes, compte tenu du degré de connaissance, de compétence et de développement dont ils disposaient à l’époque et de leur éloignement du terrain. D’évidence une aide intérieure était impérative.

Du reste on a une contradiction : si les Arabes sont idiots et incultes, comment auraient-ils pu organiser une telle logistique de génie.

Toutefois, développer l’effroyable islamophobie dans le monde conférait à l’Amérique un avantage majeur. Tout leur était maintenant permis contre les Arabes, contre le Mal incarné. On était en légitime défense contre tout le Moyen-Orient. Ainsi, pendant 25 ans, les Américains et les Israéliens, qui ne sont qu’une avant-garde américaine, ont pu tuer et s’emparer de nombreux pays et ont déstabilisé l’ensemble du monde à leur avantage. Du reste, on aurait pu se poser la question : pourquoi, ayant trouvé des passeports émiratis, a-t-on attaqué l’Irak innocente ? La force du 11-Septembre permettait tous les débordements, y compris ceux les plus éloignés de l’évènement américain. Profitant allègrement de l’émois causé, les Américains pouvaient envahir tout le monde et tuer ceux qu’ils voulaient. Fort de sa condition de victime, l’Amérique violentait le monde à sa guise.

Alors le 11-Septembre n’était-il pas tout simplement un coup d’État engendré par le complexe militaro-industriel se cherchant de nouvelles opportunités de marché, alors que le pouvoir politique en place freinait des quatre fers ? N’avons-nous pas assisté à un coup d’État engendré de l’intérieur ? Fomentée à l’interne, l’expertise technique machiavélique pouvait s’exercer librement. Maintenant, l’extraordinaire prise de contrôle requise pouvait se mettre en place et mobiliser une vaste équipe chevronnée. On bernait enfin, puisque sur place, tous les obstacles au projet imaginé. On trompait la surveillance, on subordonnait toutes les informations indispensables pour fomenter le criminel séisme et on se mobilisait les ressources spécialisées  pour le macabre dessein. Du reste, depuis le séisme il y a 25 ans , aucune enquête sérieuse indépendante n’a été initiée, ce qui crée le doute quant à l’origine de l’évènement.

Bilan : environ 940 000 personnes (dont civils, militaires et combattants) ont péri par violences directes de guerre dans les zones de conflit comme l’Afghanistan, l’Irak, le Pakistan, la Syrie et le Yémen. De 3,6 à 3,8 millions de personnes sont mortes en raison des conséquences collatérales des conflits (maladies, destruction des systèmes de santé, malnutrition, manque d’eau potable et effondrement économique)

La question se pose alors de savoir qui est l’assassin, qui est le terroriste ?

Surfant sur la vague, et du terrorisme, et sur celle de l’islamophobie, Israël obtiendra, en plus, en quelque sorte, un supplément d’âme, en s’honorant de la lutte contre l’antisémitisme. Recherchant une catastrophe à l’échelle du 11-Septembre, Israël va construire son 7-Octobre. Ériger un tremblement de terre propice à son hégémonie, celui qui par son horreur glace le sang. Comme en Amérique, certains savaient d’avance ce qui se tramait, le régime sioniste était averti à multiple reprise et par de nombreux moyens de ce qui se préparait, sans en tenir compte. C’était une aubaine inespérée pour des génocidaires.

En criant sur tous les toits la monstruosité de la cruauté, l’innocence des victimes, et l’importance de la tuerie, qu’on s’empressera d’amplifier, de rendre plus sanguinolente encore, la porte était ouverte aux outrances les plus inhumaines. On était autorisé. On avait enfin un vrai terrorisme. Antérieurement, Israël, commençait à peiner pour justifier internationalement ses criantes et monstrueuses exactions : apartheid, lois scélérates, enfermements administratifs sans procès, tueries, prison abusive de tortionnaires, blocus, contrôle alimentaire des Palestiniens de Gaza, etc.

Aujourd’hui, puisque les Arabes seraient devenus des animaux, nulle contrainte à l’extermination, au génocide, à un renouveau de la colonisation de la Cisjordanie et à l’invasion du Liban. Tout se justifie parce que le Mal s’en est pris au Bien.

Oubliant la monstruosité d’Israël, l’État sioniste colonial avait son terroriste, il se défendait. Pourtant, le terrorisme d’État était bien tel qu’en lui-même. Les Arabes luttaient légitimement contre l’horreur de l’apartheid, de la répression et de la soumission coloniale.  Fort de sa condition de victime, Israël, comme l’Amérique en son temps, violentait le monde à sa guise impunément.

Ainsi, on recense plus de 120 000 morts palestiniens depuis le début des opérations militaires. En supposant que de nombreuses victimes restent portées disparues ou ensevelies sous les décombres. Concernant les crimes de guerre, l’aide humanitaire et les journalistes ont aussi causé la mort de centaines de travailleurs humanitaires, de membres d’agences internationales et de professionnels des médias.

Pour parfaire l’insolence et la duperie, Israël, pourra prétendre qu’il s’agit, non pas d’une guerre coloniale, mais d’une guerre de religion. Comme d’antan une guerre du Bien contre le Mal. La vérité objective des faits sera placée sur l’affabulation, une croyance subjective, somme toute inadmissible. Ainsi comment admettre que l’islam est aussi élevé que le judaïsme ? Le combat est perdu d’avance. Préparé par le 11-Septembre, l’Occident islamophobe dans sa totalité, qui se prétend  propriétaire de la Civilisation, anéantira les malheureux Arabes. Le combat est inégal. Par ce mécanisme d’autorité, par cette injure religieuse et raciste, tous les arguments objectifs provenant des Arabes deviennent primaires, caduques et irrecevables. Insolents et méprisants, les Israéliens pourront alors d’une seule voix prétendre que la Palestine est leur terre depuis des millénaires.

Dieu est de notre côté, le terrorisme est de l’autre, celui des Palestiniens. On a le terroriste qu’on veut.

Les opinions exprimées dans l’article sont celles de l’auteur.

Jean Ellezam est Docteur en sociologie, né à Paris, dans le quartier populaire de Montmartre. Les événements de mai 1968 ont tout remis en question. Il s’est inscrit en sociologie à l’université Paris VIII, à Vincennes. Cet environnement parisien avant-gardiste lui a permis de voir les choses sous un angle nouveau. Il a épousé une Québécoise à Paris et a poursuivi sa vie à Montréal avec son épouse et leurs deux enfants ; il y a exercé la vocation d’enseignant au secondaire avant de devenir professeur d’université..

Livres de Jean Ellezam :

Israël : Innocence MeurtrièreLesÉditions sociologie, août 2024

Ils se dévoraient à coups de silenceÉdition Néopol, octobre 2013.

L’invention de la femme. Montréal: Les Éditions sociologie, 2008, 438 pp. RENAUD BRAY

 Groupe et capital. Un nouveau mode social pour produire le travailleur. Montréal: Les Éditions Hurtubise HMH, ltée, 1984, 261 pp.

Articles de Jean Ellezam:

https://paju.org/fr/liran-une-decisive-et-cuisante-defaite-du-terrorisme-mondial-americano-israelien

https://paju.org/fr/sionisme-fascisme-sous-faux-drapeaux

https://paju.org/fr/excroissance-maladive-et-usurpatrice-du-judaisme-le-sionisme-est-une-secte

https://paju.org/fr/sionisme-lintelligence-de-la-fourberie

https://paju.org/fr/sionisme-ladn-du-tueur

Quand parle-t-on de « civilisation judéo-chrétienne » ? – PAJU

Réflexion sur l’ignominie : Bernard-Henri Lévy, la barbarie sioniste à visage humain – PAJU

Michel Onfray : une nouvelle droite réinventée – PAJU

Note de PAJU : Addendum à l’article de Jean Ellezam

« Le terroriste et le policier sortent tous deux du même panier. » Joseph Conrad, l’Agent secret (publié en 1907).

En d’autres termes, l’État policier a besoin de la menace de subversion pour justifier son propre pouvoir et sa propre existence.

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