Traduit de l’anglais par PAJU
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Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (Centre for Israel and Jewish Affairs) souhaite pouvoir faire campagne pour révoquer la citoyenneté de ma femme et de millions d’autres Canadiens/Canadiennes. Et quiconque croit qu’ils ne chercheraient pas à expulser les opposants au génocide se trompe lourdement.
Historiquement, les organisations juives canadiennes étaient perçues comme favorables aux réfugiés et aux immigrants en raison de l’histoire de l’expulsion des Juifs. Ce n’est plus le cas. Dans le cadre de leur défense des crimes commis par Israël, quelles qu’ils soient, elles militent désormais contre les immigrants. La Fondation canadienne pour l’éducation sur l’antisémitisme a appelé à l’expulsion des non-citoyens qui soutiennent la résistance au pouvoir colonial, tandis que des influenceurs sionistes radicaux publient régulièrement des messages sur l’expulsion des manifestants.
Dans le cadre d’une intensification notable de son programme anti-immigrants, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) fait pression auprès des représentants du gouvernement pour élargir les motifs permettant la révocation de la citoyenneté canadienne. Selon des documents déposés auprès du registre fédéral des lobbyistes, cet organisme, qui agit en tant que représentant officiel des fédérations juives du Canada, a préconisé les mesures suivantes : «le maintien de la possibilité de révoquer la citoyenneté dans les cas impliquant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, le terrorisme ou la promotion extrême de la haine ; un filtrage renforcé visant à interdire l’entrée au pays et à refuser la citoyenneté aux personnes représentant une menace pour la sécurité ou ayant des liens avec des organisations extrémistes ou terroristes ; l’expulsion des personnes déjà présentes au Canada ayant obtenu leur statut par de fausses déclarations ; la mise en place d’une procédure d’expulsion accélérée pour les individus à haut risque liés à des organisations extrémistes étrangères ; l’accélération des expulsions pour les personnes reconnues coupables de crimes violents ; et l’application de conséquences en matière d’immigration — indépendamment de toute condamnation pénale — à l’encontre des personnes exprimant leur soutien à des entités terroristes répertoriées.»
Depuis mars, des représentants du CIJA ont rencontré des membres du personnel du Cabinet du premier ministre et de Sécurité publique Canada, ainsi que le directeur du SCRS et plusieurs députés, afin de discuter de la possibilité de retirer la citoyenneté aux personnes critiques à l’égard d’Israël.
La citoyenneté acquise à la naissance est permanente ; il est peu probable que cela change, car la révocation du statut des personnes ne possédant que la citoyenneté canadienne les rendrait apatrides. Une telle mesure contreviendrait aux obligations du Canada en vertu de la Convention sur la réduction des cas d’apatridie et de la Convention relative aux droits de l’enfant. Par conséquent, il est extrêmement improbable que le CIJA cherche à obtenir — ou puisse obtenir — une législation qui lui permettrait de s’en prendre à la citoyenneté de personnes nées au Canada.
Cependant, certaines forces de droite, dont le gouvernement de Stephen Harper, ont promu une citoyenneté à deux vitesses. En 2014, les conservateurs ont adopté une loi permettant de révoquer la citoyenneté des huit millions de Canadiens nés à l’étranger, dans le cas où ils seraient reconnus coupables de terrorisme, d’espionnage ou de trahison. Cette législation, qui instaurait une citoyenneté de seconde zone, a été en grande partie abrogée par le gouvernement de Justin Trudeau, qui a fait valoir qu’« un Canadien est un Canadien, point final ».
Actuellement, seules les personnes nées à l’étranger peuvent se voir retirer la citoyenneté pour avoir eu recours au mensonge ou à la fraude afin d’obtenir ce statut. Selon un site Web du gouvernement fédéral consacré à la « révocation de la citoyenneté », « votre citoyenneté canadienne peut être révoquée (retirée) si vous :
• avez commis une fraude;
• avez fait une fausse déclaration;
• avez sciemment dissimulé des renseignements dans une demande d’immigration ou de citoyenneté. »
Le CIJA souhaite que cela change.
En partie, la volonté du CIJA de révoquer la citoyenneté n’est qu’un message raciste déguisé visant à discréditer les manifestants anti-génocide. Elle propage l’idée que les musulmans, les Arabes et les personnes de couleur importent l’antisémitisme, l’extrémisme et le terrorisme.
Mais son objectif est plus concret. Le CIJA cherche un nouveau moyen de sanctionner et d’intimider les opposants au génocide et aux crimes incessants d’Israël dans la région.
En réclamant des « conséquences en matière d’immigration pour le simple fait d’exprimer son soutien à des entités terroristes répertoriées, même en l’absence de condamnation pénale », le CIJA pourrait faire pression sur un agent d’immigration pour qu’il révoque la citoyenneté d’une personne sans même exiger de condamnation pénale. Elle pourrait cibler quelqu’un pour avoir déclaré : « Le Réseau de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens Samidoun a accompli un travail important pour dénoncer la complicité du Canada dans le génocide. »
Cette affirmation est, bien entendu, vraie. Classée comme organisation terroriste il y a deux ans, l’organisation Samidoun — basée à Vancouver — a organisé des manifestations contre le génocide et a joué un rôle déterminant dans le départ du gouvernement de Selina Robinson, députée du NPD en Colombie-Britannique, dont les positions étaient jugées anti-palestiniennes.
Le CIJA, principal organisme à l’origine du classement de Samidoun, cherche à élargir la liste des entités dont le soutien — exprimé publiquement — pourrait entraîner la perte de la citoyenneté canadienne. À la suite de la revendication, par le groupe Palestine Action Canada, d’actes de vandalisme (principalement des projections de peinture rouge) contre les installations de GeoSpectrum Technologies — une entreprise d’armement appartenant à Elbit — situées à Peterborough, le CIJA a réitéré, la semaine dernière, sa demande visant à faire classer Palestine Action Canada comme entité terroriste.
Si Palestine Action Canada parvient à être inscrite sur la liste des organisations sanctionnées et à convaincre le gouvernement d’adopter sa proposition de révocation de la citoyenneté, CIJA et d’autres partisans du génocide s’en prendraient à quiconque aurait déclaré : « Palestine Action Canada mérite d’être félicitée pour ses efforts visant à perturber le trafic d’armes destiné à commettre un génocide.»
Si CIJA réussit à élargir les critères de perte de citoyenneté, elle s’en servira contre les opposants au génocide. Cela marquerait une escalade dans leurs efforts – souvent couronnés de succès – pour faire licencier, emprisonner ou exclure de l’école les opposants au génocide.
À court terme, il est peu probable que le CIJA parvienne à ses fins en ce qui concerne ses objectifs maximalistes en matière de citoyenneté. Mais le simple fait qu’il cherche à obtenir un tel levier témoigne de son caractère autoritaire.
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) n’hésiterait pas à réclamer la révocation de la citoyenneté de milliers de Canadiens afin de protéger son cher État suprémaciste juif, auteur d’un génocide.
CIJA seeks to weaponize citizenship to protect Israel – Yves Engler
Yves Engler est auteur et militant. Il a écrit treize ouvrages, dont dix portent sur le rôle du Canada à l’échelle internationale, notamment The Black Book of Canadian Foreign Policy (2009) et Canada’s Long Fight Against Democracy (2024, coécrit avec Owen Schalk). Ses travaux examinent de manière critique les interventions militaires du Canada, son soutien aux politiques de l’ère de l’apartheid et d’autres aspects de sa politique étrangère, remettant ainsi en question l’image du Canada en tant que nation vouée au maintien de la paix. Il a également cofondé le Canadian Foreign Policy Institute et a collaboré à des publications de la presse alternative, telles que *The Ecologist*.
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