15 Oct, 2026

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Un homme politique israélien en bonne voie pour entrer à la Knesset qualifie de « moral » le fait de tuer des bébés à Gaza

DAVE DeCAMP

Moshe Feiglin, chef du parti Zehut, s’est allié au parti Sionisme religieux de Bezalel Smotrich pour les prochaines élections.

L’homme politique israélien Moshe Feiglin, chef du parti Zehut — en bonne voie pour obtenir un siège à la Knesset lors des prochaines élections —, a déclaré dans une nouvelle interview qu’il serait « moral » de tuer des bébés à Gaza.

Feiglin avait fait les gros titres l’année dernière en affirmant que chaque enfant et chaque bébé à Gaza était un « ennemi », un point de vue qu’il a réitéré dans une interview en anglais publiée lundi par le *Jerusalem Post*.

Dans cet entretien, Feiglin a précisé qu’il ne souhaitait pas personnellement voir des bébés tués, bien qu’il estime que ce serait « moralement » la chose à faire, et qu’il préférerait plutôt voir tous les Palestiniens expulsés de Gaza.

« Je le répète encore et encore parce que je suis juif et que je suppose avoir une certaine faiblesse morale. Je ne veux pas voir des bébés se faire tuer, d’accord ? Sur le plan moral, cela aurait dû être fait, pour toutes les raisons que j’ai expliquées. Mais comme… je suis juif et que j’ai le cœur tendre, j’ouvrirais les frontières pour les laisser tous partir, à condition que personne ne reste. Et ce territoire doit faire partie de la terre juive, de l’État juif », a-t-il déclaré.

Ailleurs dans l’entretien, Feiglin a affirmé que « rayer » Gaza de la carte, expulser tous les Palestiniens et annexer Gaza ainsi que la Cisjordanie relevait « à 100 % » d’un point de vue juif. Il a qualifié l’ensemble de Gaza — et pas seulement le Hamas — d’« ennemi ».

Chris Menahan 🇺🇸 on X: « Israeli politician Moshe Feiglin says Jewish morality requires « wiping out » Gaza and the West Bank. Q: « Is it a Jewish point of view to like wipe out all of Gaza…and annex the West Bank? » Israeli politician Moshe Feiglin: « 100 percent. » Feiglin adds that all « Arabs » in… / X

« Le bébé qui va naître — je vais dire quelque chose de très dur, excusez-moi de le dire — le bébé qui naîtra demain à Gaza, le bébé arabe… Remarquez que je ne dis pas Hamas, je ne dis pas Palestinien… l’ennemi, c’est Gaza, pas le Hamas. Le bébé qui naîtra demain à Gaza fera exactement la même chose — Dieu nous en préserve — à votre bébé qui naîtrait à Jérusalem », a-t-il déclaré.

Feiglin a siégé à la Knesset de 2013 à 2015 sous l’étiquette du Likoud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et a fondé le parti Zehut en 2015. Zehut se présente aujourd’hui sur une liste commune avec le Sionisme religieux, le parti dirigé par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, un autre fervent partisan du nettoyage ethnique de Gaza. Feiglin occupe la deuxième place de cette liste commune, et des sondages récents indiquent que l’alliance franchira le seuil électoral nécessaire pour obtenir des sièges à la Knesset.

Israeli Politician With Clear Path To Knesset Says It’s ‘Moral’ To Kill Babies in Gaza – News From Antiwar.com

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NOTE DE PAJU

La dépravation d’une bonne partie de la société israélienne éclate au grand jour à travers ce qui constitue, une fois de plus, un appel au génocide des Palestiniens lancé par une figure politique israélienne d’extrême droite de premier plan. Moshe Feiglin appelle au meurtre de bébés palestiniens à Gaza, un appel qui fait écho à la politique menée par les nazis du Troisième Reich à l’encontre des enfants juifs durant la Shoah. Les faits suivants, relatifs au meurtre de milliers d’enfants juifs et roms par les nazis, rappellent cet appel de Feiglin concernant les enfants de Gaza (et, par extension, tous les enfants palestiniens) :

Pendant la Shoah, les enfants aux mains du régime nazi sont particulièrement menacés de mort. D’après certaines estimations, 1,5 million d’enfants, presque tous juifs, meurent au cours de la Shoah, soit assassinés soit en conséquence des politiques nazies.

Les nazis ont soutenu le meurtre d’enfants issus de populations que leur idéologie désigne comme « indésirables » ou « dangereuses », soit dans le cadre de la conception nazie de la lutte raciale, soit comme mesure de prévention. Si les nazis ont principalement attaqué les enfants juifs, ils ont aussi pris pour cibles de jeunes Polonais et Roms ainsi que d’autres enfants atteints d’anomalies mentales et physiques (enfants avec handicap). Les nazis et leurs collaborateurs ont assassiné les enfants autant pour ces raisons idéologiques qu’à titre de représailles après des attaques réelles ou supposées de la résistance[1]. 

À la suite des massacres de Palestinien(ne)s sans défense perpétrés en septembre 1982 dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila par une milice chrétienne libanaise — avec le soutien de l’armée israélienne alors dirigée par Ariel Sharon —, l‘universitaire et intellectuel israélien Yeshayahu Leibowitz a forgé le terme de « judéo-nazisme ». Il désignait ainsi ce qu’il considérait comme un abandon des valeurs humanistes du judaïsme, induit par l’occupation brutale et illégale des territoires palestiniens par Israël. Max Blumenthal a abordé l’amalgame entre « judaïsme » (sionisme) et nazisme en s’appuyant sur la prédiction de Leibowitz, selon laquelle Israël finirait par créer des camps de concentration.

J’éprouve une certaine réticence à l’égard du terme « judéo-nazisme », étant donné que des centaines, voire des milliers de Juifs à travers le monde dénoncent aujourd’hui le régime d’aparheid et génocidaire d’Israël, la dépravation des extrémistes israéliens ainsi que la popularité dont jouissent ces fanatiques auprès d’une bonne partie de la société israélienne. Je préfère employer l’expression « nazis judéo-sionistes » afin de ne pas englober l’ensemble des Juifs. Il est indéniable qu’il existe des Juifs nazis (Feiglin en est un exemple), comme l’avait souligné Yeshayahu Leibowitz ; toutefois, il convient de distinguer les Juifs sionistes des Juifs humanistes, pour éviter que les communautés juives mondiales ne deviennent synonyme de nazis judéo-sionistes. Tous les Juifs ne sont pas sionistes. Les siècles de souffrance juive sous domination chrétienne ne fournissent pas de fondement moral au meurtre et au nettoyage ethnique de la population palestinienne, y compris plus de 20 000 enfants palestiniens. Il n’existe pas de tel « fondement moral ».

Quant à ces figures politiques et médiatiques sans envergure qui rampent aux pieds du lobby sioniste pro-Israël, on n’entendra pas le moindre mot de leur part concernant l’appel de Feiglin à une « Solution finale » pour la population palestinienne. Nous n’entendrons pas non plus de dénonciation de ce « sionisme-aryanisme » de la part des piliers du lobby pro-israélien, tels que le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) ou le B’nai Brith. Imaginez un peu comment tous ces loups déguisés en agneaux auraient réagi si un homme politique arabe avait appelé au meurtre d’enfants juifs israéliens. Mais voilà, les enfants palestiniens ne sont pas blancs ; ils sont basanés. Comme ils constituent une « race inférieure » aux yeux des suprémacistes blancs judéo-sionistes, ils s’inscrivent dans la notion du « fardeau de l’homme blanc », qui sous-tend tous les projets impériaux de l’Occident, y compris celui de la colonisation de la Palestine.

Bruce Katz

PAJU

Les opinions exprimées dans les notes de PAJU sont celles de l’auteur

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