Nous verrons dans les décennies à venir quelles leçons à long terme la Chine, la Russie et les pays du Sud tirent de l’abandon par l’ensemble de l’Occident des principes du droit international.
3 mars 2026
Traduit de l’anglais par PAJU. Les passages en gras ont été placés par PAJU et ne figurent pas dans l’article original.
On n’a guère cherché à justifier, au regard du droit international, l’attaque contre l’Iran et l’assassinat de son dirigeant. La réaction du gouvernement britannique, qui se limite presque exclusivement à condamner l’Iran pour avoir exercé son droit légitime à la défense, ne fait que confirmer l’ambiguïté de Keir Starmer.
La Royal Air Force est activement impliquée dans le génocide à Gaza depuis deux ans, en assurant la surveillance et le soutien logistique de Tsahal. Elle combat désormais à nouveau pour Israël ; intercepter des missiles iraniens n’est pas un acte défensif ; c’est participer à l’attaque contre un adversaire déjà largement inférieur en nombre.
Je crains fort que la tentative iranienne de se défendre militairement n’ait moins d’impact que ne l’espèrent nombre d’anti-impérialistes. Les sommes astronomiques dépensées par le gouvernement américain en technologies militaires et de surveillance ont bel et bien des conséquences concrètes.
Ici, au Venezuela, après avoir constaté les frappes américaines majeures du 3 janvier, je suis parvenu à la conclusion qu’aucun acte de trahison n’était nécessaire. Une force écrasante et une technologie de précision déployées contre un adversaire technologiquement inférieur, dont les capacités clés étaient concentrées sur des sommets dégagés ou dans des casernes rudimentaires.
L’Iran est militairement bien plus sophistiqué, mais fait face à une force exponentiellement supérieure. L’ayatollah Ali Khamenei a été tué chez lui, et non caché. Il s’avérera bien plus puissant en tant que martyr qu’en tant que dirigeant confronté à ses détracteurs internes.
Nous sommes confrontés non seulement à une période d’impérialisme décomplexé auquel la quasi-totalité des pays occidentaux sont prêts à se soumettre, mais aussi à un retour au Moyen Âge, tant dans la barbarie et l’ampleur des violences physiques, comme on l’a constaté à Gaza et dans la brutalité israélienne en général, que dans le recours aux enlèvements et aux meurtres comme instruments de politique étrangère. Légitimer l’assassinat et l’enlèvement de dirigeants d’États adverses est, bien entendu, une arme à double tranchant.
Après avoir cautionné le génocide, les massacres et la destruction délibérée d’infrastructures et de personnel médicaux, le meurtre d’enfants en masse, ainsi que l’enlèvement et l’assassinat de chefs d’État, il est désormais difficile d’imaginer une atrocité que les puissances occidentales soient moralement en mesure de condamner.
Si la capacité militaire de riposte de l’Iran est limitée, les conséquences de cette attaque, elles, ne le seront pas. Les dirigeants d’Arabie saoudite et des États du Golfe sont retombés dans leurs travers, se comportant non seulement comme de fidèles satrapes des États-Unis et d’Israël, mais aussi comme des promoteurs d’une haine archaïque envers les musulmans chiites.
L’Occident exploite délibérément la division chiite/sunnite, comme il le fait depuis des siècles ; mais cela va déstabiliser la région pour des décennies. L’Irak, en particulier, va être secoué, tout comme le Pakistan. À Bahreïn, la population chiite est maintenue sous contrôle par ses dirigeants sunnites grâce à des assassinats et des tortures systématiques, orchestrés par l’Occident. Utiliser ce pays comme base pour assassiner l’ayatollah aura des conséquences désastreuses.
Il semblerait que nous allions assister à une campagne aérienne visant à détruire les infrastructures civiles iraniennes, comme en Irak où 65 % des réserves d’eau potable, 50 % des hôpitaux et cliniques et 80 % de la production d’électricité ont été détruits lors de la « libération » menée par les puissances de l’OTAN. L’objectif est de détruire l’Iran en tant qu’État viable.
Il convient de rappeler que l’Iran était autrefois un État de type occidental doté d’une démocratie raisonnable. L’élection du socialiste Mohammad Mossadegh en 1951 et la nationalisation de British Petroleum qui s’ensuivit furent suivies du coup d’État de 1953, orchestré par le MI6 et la CIA. Le règne cruel et arrogant du Shah, leur marionnette, fut à l’origine de la révolution théocratique.
Des sanctions occidentales croissantes furent imposées à l’Iran par les États-Unis ou l’Union européenne en 1979, 1984, 1995, 1996, 2010, 2012, 2015, 2018, 2019 et 2025. Des sanctions approuvées par l’ONU furent également imposées de 2006 à 2016. Ces mesures ont considérablement freiné le développement économique de l’Iran.
Ce qui est curieux, c’est que le mythe fondateur des puissances occidentales repose sur l’idée que le développement économique engendre une classe moyenne instruite et en expansion, qui promeut le libéralisme économique et social et crée les conditions propices à la démocratie.
Selon cette interprétation, si l’on souhaite consolider le pouvoir d’un gouvernement autoritaire, limiter le développement économique est la solution. Cette interprétation n’est pas dénuée de fondement ; je ne doute pas que les efforts incessants de l’Occident pour étouffer l’Iran – efforts qui ont connu un certain succès – aient freiné son développement politique.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille accepter tous les mythes occidentaux concernant l’Iran. L’éducation des femmes y est très développée et leur participation est importante dans toutes les institutions économiques et gouvernementales. L’Iran a un bilan remarquable en matière de tolérance, voire de soutien, aux communautés religieuses minoritaires, notamment la communauté juive.
À Téhéran, nombreuses sont les femmes qui ne portent pas le voile – l’Iran est bien plus tolérant à cet égard que l’Arabie saoudite. Bien qu’il conserve une intolérance rétrograde envers les personnes homosexuelles, le pays reconnaît la dysphorie de genre et apporte son soutien aux personnes transgenres.
Je refuse catégoriquement d’admettre que bombarder l’Iran pour le ramener au XIXe siècle puisse améliorer la vie de sa population. Ce ne fut pas le cas en Irak, en Afghanistan ou en Libye. Ce fut un désastre qui a provoqué des vagues de réfugiés en Europe, contribuant directement à la montée de l’extrême droite.
Je pense qu’il est peu probable que cela modifie significativement la forme de gouvernement en Iran. Un changement de régime par les bombardements est un concept extrêmement problématique.
Ce que cela a permis, c’est de destituer l’ayatollah Khamenei, dont la fatwa autorisant la création d’une arme nucléaire était la seule raison pour laquelle l’Iran n’en possède pas.
Il est illusoire de croire que l’Iran, fort de son excellente base scientifique, n’aurait pas pu développer secrètement des bombes nucléaires, à l’abri des programmes d’enrichissement contrôlés, s’il l’avait souhaité. À moyen terme, si ce conflit se prolonge, il est probable qu’il en résulte un Iran plus primitif, plus atavique et doté de l’arme nucléaire.
L’accord sur le nucléaire iranien, torpillé par Trump en 2018, avait suscité un rare espoir. L’allègement des sanctions laissait entrevoir une croissance économique et des réformes plus harmonieuses en Iran. C’est pourquoi Israël a voulu faire capoter cet accord.
La tentative d’anéantissement de l’Iran s’inscrit dans une stratégie systématique visant à éliminer par la force toute forme de résistance à l’hégémonie américaine.
Nous avons été témoins de l’affirmation étonnante de Rubio selon laquelle l’impérialisme serait une force positive. Matthew Lynn, dans le Washington Post, a illustré la nouvelle doctrine occidentale. Il s’est moqué de la politique pacifique de la Chine, arguant que, pour la Chine, construire des infrastructures pour les pays du Sud était vain, car les États-Unis pourraient tout simplement s’emparer de ces infrastructures, les bloquer ou les détruire par la force militaire. Il considérait cela non pas comme une honte, mais comme un grand triomphe.
Les leçons à long terme que la Chine, la Russie et les pays du Sud tirent de l’abandon, par l’Occident tout entier, des principes du droit international, nous le verrons dans les décennies à venir. Rien de tout cela ne sera bon pour personne.
Il ne s’agit pas d’un phénomène propre à Trump. Biden a pleinement soutenu le génocide de Gaza. Presque tous les grands partis politiques occidentaux sont fermement contrôlés par les sionistes, de même que la plupart des grands médias et toutes les plateformes médiatiques alternatives importantes.
L’Iran a été la seule force militaire à s’opposer, directement et par procuration, à la création du Grand Israël. Cette guerre est menée pour le Grand Israël. Mais elle s’inscrit également dans une stratégie plus large visant à rétablir la domination économique déclinante des États-Unis par le contrôle militaire des ressources clés.
Aucune région du monde ne sera épargnée par les répercussions..
Craig Murray est auteur, animateur et militant des droits de l’homme. Il a été ambassadeur britannique en Ouzbékistan d’août 2002 à octobre 2004 et recteur de l’Université de Dundee de 2007 à 2010. Son travail repose entièrement sur le soutien de ses lecteurs. Les abonnements permettant la poursuite de ce blog sont les bienvenus.
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Cet article provient du site CraigMurray.org.uk.
Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Consortium News.
