2 Fév, 2026

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Israël reproduit une mentalité génocidaire

LAWRENCE DAVIDSON

Article traduit de l’anglais par PAJU

Le 29 décembre 2025, le New York Times a republié un article intitulé : « Enfin, un nom pour le visage d’un nazi sur une photo emblématique de l’Holocauste ».

La photo a été prise le 28 juillet 1941, et voici comment l’article la décrit :

« Un homme est agenouillé au bord d’une fosse remplie de cadavres. Il sait que, dans quelques instants, il sera mort. Son visage émacié brûle de défi. Derrière lui se tient un soldat nazi en uniforme et portant des lunettes. Dans son bras droit tendu, le soldat tient un pistolet, à quelques centimètres du crâne de sa victime. Une foule d’autres Allemands observe la scène, curieux mais impassibles.»

L’homme sur le point d’être exécuté reste anonyme et n’est coupable que d’être juif. Mais qui était le bourreau ? Son identité est la clé de cette histoire. « Le meurtrier était Jakobus Onnen, 34 ans, un ancien professeur [il enseignait les langues, le français et l’anglais ainsi que l’éducation physique] originaire de la ville de Tichelwarf, près de la frontière allemande avec les Pays-Bas. »

L’auteur du meurtre était Jakobus Onnen, 34 ans, ancien professeur (il enseignait les langues, le français et l’anglais, ainsi que l’éducation physique), originaire de Tichelwarf, une ville proche de la frontière germano-néerlandaise.

Son identité a finalement été confirmée grâce à des photos le concernant et attestée par des membres de sa famille.

Comment Jakobus Onnen a été créé

Étonnamment, une telle transformation n’est pas si difficile à opérer. Toutes les armées du monde attestent que, dans certaines circonstances, les conscrits peuvent devenir de potentiels tueurs.

Ces armées disposent certes de procédures de sélection pour éliminer les sociopathes, mais la plupart des recrues sont des hommes ordinaires, sans troubles mentaux préexistants liés à leur nouvelle carrière meurtrière.

Analysons cela plus en détail afin de mieux comprendre ce que pourraient être ces « circonstances propices », en commençant par l’Allemagne de Jakobus Onnen dans les années 1930 et 1940.

Environnement domestique : cette expression ne se limite pas au foyer, qui peut être sain ou non. Elle renvoie à la question de savoir si la sphère nationale, au sens large, désigne des ennemis spécifiques.

Jakobus Onnen a été le produit d’années de propagande antisémite d’inspiration nazie. À 25 ans, il était membre du parti nazi. Il a rejoint la SS à l’âge de 26 ans. Nous ignorons dans quelle mesure sa vie familiale a contribué à son passage au nazisme, mais sa vie communautaire y a certainement contribué.

Obéissance à l’autorité (respect des règles) : Les Allemands ont toujours eu la réputation d’être un peuple respectueux des règles. Et ce respect des règles semblait toujours avoir une connotation militaire. Respecter les règles n’est pas nécessairement synonyme de respect de l’état de droit.

Ce dernier requiert un minimum de réflexion indépendante, permettant de comprendre que son obéissance n’est pas aveugle. Comme le suggère Christopher Browning, l’atmosphère en Allemagne sous influence nazie décourageait la pensée indépendante.

Alors, dans quelle mesure Onnen se souciait-il personnellement du respect des règles ? Quoi qu’il en soit, compte tenu du contexte allemand de l’époque, le passage d’un environnement communautaire à un environnement militaire (la conscription) n’a pas dû être une épreuve traumatisante pour lui.

Entrer dans un environnement militaire : Lorsqu’on s’engage dans l’armée, volontairement ou non, on se place dans un environnement strictement contrôlé. On est toujours membre d’un groupe où l’autorité est strictement verticale.

L’obéissance aux ordres n’autorise pas à les remettre en question, même dans le cas très problématique où les ordres « légaux » sont limités par les dispositions constitutionnelles.

De telles limitations n’existaient certainement pas dans l’armée nazie. Un tel environnement, en quelque sorte, infantilise le conscrit : on lui réapprend ce qu’est un comportement « correct ».

Quoi qu’il en soit, Jakobus Onnen n’aurait pas contesté les ordres d’une organisation dont il approuvait pleinement la philosophie et les pratiques.

Pression des pairs : La pression qui réoriente les comportements ne vient pas uniquement des autorités supérieures. Au sein d’un groupe rigide et obéissant, c’est le groupe lui-même qui en vient à surveiller vos actions.

La pression des pairs peut souder un groupe et, comme le suggère Christopher Brown, amorce un processus de « modification des normes morales pour justifier les actions qui en découlent ». Il ne s’agit pas ici de quelques brebis galeuses qui gâtent le panier, mais d’un panier corrompu qui en corrompt le contenu.

Le génocide devient un projet collectif possible : L’ensemble du processus « décourage la pensée indépendante ». On abandonne sa réflexion et son jugement à un chef, un parti, une idéologie, une communauté d’idéologues.

S’ajoute à cela la peur pure et simple. On ignore combien d’Allemands ont refusé de servir après avoir compris que leur pays commettait un génocide. On sait en revanche que, dans le cas de l’Allemagne nazie, refuser d’obéir aux ordres revenait à risquer sa vie.

Génocide israélien

Où ailleurs, à notre époque, trouverions-nous un scénario similaire – celui des « circonstances propices » à la création d’hommes comparables à Jakobus Onnen ? La réponse, ironique et triste, est Israël.

Si l’on considère simplement la réalité de 78 ans de sionisme (un dogme au message ouvertement raciste) comme idéologie dominante en Israël et qu’on y applique les catégories mentionnées précédemment, les similitudes apparaissent clairement. Reprenons donc l’exercice.

Contexte intérieur : La culture nationale israélienne désigne-t-elle des ennemis spécifiques ? Absolument. La vision du monde sioniste israélienne est façonnée par des décennies de propagande anti-palestinienne.

Ceci a engendré un racisme profondément enraciné qui isole et stigmatise plus de 7 millions de Palestiniens. Ainsi, dès leur plus jeune âge, les Juifs israéliens sont conditionnés à considérer les Palestiniens comme des ennemis mortels.

Ils sont dépeints comme des concurrents dangereux et illégitimes, convoitant la terre sur laquelle l’État israélien est bâti. Nous nous retrouvons face à une situation binaire : « nous ou eux ».

Obéissance à l’autorité (respect des règles) : Israël sioniste s’est construit en une communauté soudée, marquée par l’histoire des souffrances des Juifs européens (qu’Israël considère comme faisant partie intégrante de sa propre histoire) et par la crainte actuelle des Palestiniens.

La majorité des Juifs israéliens, quel que soit leur degré de ferveur religieuse, ont le sentiment de vivre sous une menace existentielle.

Dans ce contexte, le respect des préceptes sionistes est perçu comme une question de survie. Comme indiqué précédemment, le respect des règles ne se confond pas nécessairement avec le respect de l’État de droit.

Par ailleurs, la résistance d’Israël aux règles extérieures, telles que les normes et lois internationales, est le revers d’une adhésion aveugle à son idéologie et à sa vision du monde singulières. Dans quelle mesure les Juifs israéliens ont-ils développé une réflexion indépendante sur leur vision du monde et sur l’obéissance qu’elle exige ?

Il est révélateur que les rares personnes qui parviennent à une telle perspective soient souvent considérées comme des parias.

L’entrée dans un environnement militaire : Israël est une société tout aussi militarisée que l’était l’Allemagne des années 1930.

Il convient de rappeler qu’obéir aux ordres militaires ne permet pas de les remettre en question. En quelque sorte, cet environnement infantilise le conscrit : on lui réapprend ce qu’est un comportement correct.

Que se passe-t-il lorsque les soldats sont, pour ainsi dire, libérés de toute contrainte, de toute « règle d’engagement » ? Lorsqu’il n’y a plus aucune limite ? Eh bien, le soldat pourrait bien devenir un autre Jakobus Onnen.

Il semblerait qu’il n’existe actuellement aucune restriction quant au comportement des soldats israéliens opérant en territoire palestinien.

Pression des pairs : Dans cet environnement où l’obéissance est rigide, c’est le groupe lui-même qui en vient à surveiller le comportement de chacun. La pression des pairs peut souder un groupe et amorcer un processus de « modification des normes morales pour justifier les actions qui en découlent ».

Génocide : Le génocide organisé devient alors un projet collectif envisageable. Dans le cas d’Israël, nous savons qu’un nombre croissant de réservistes ayant participé à la guerre génocidaire de Gaza cherchent à éviter d’être réengagés.

Nous ignorons combien de ces soldats agissent ainsi pour des raisons éthiques. Il y a aussi le fait que plus de 150 000 Israéliens ont quitté le pays ces deux dernières années.

Peut-être par désapprobation face au récent virage à droite du gouvernement, ou pour des raisons économiques, plutôt que par dégoût éthique.

Conclusion

Que se passe-t-il ici ? Peut-être, compte tenu de l’histoire profondément ancrée en Israël concernant les Juifs d’Europe, assistons-nous à une manifestation à l’échelle nationale d’un syndrome de l’enfant maltraité. Mais un tel syndrome ne produit pas ce que Hanin Majadli, écrivant dans le journal israélien Haaretz (9 janvier 2026), appelle une « conscience génocidaire florissante ».

Elle nous explique plutôt que le génocide israélien à Gaza est le produit de tendances qui se sont construites sur le long terme : « brutalisation politique et sociale, institutionnalisation du fascisme et érosion systématique de la retenue, du langage respectueux et des limites du permis et de l’interdit. La cruauté, la violence et la vengeance ont cessé d’être perçues comme une déviance et sont devenues des options légitimes. »

Voilà l’Israël d’aujourd’hui.

Le processus de corruption culturelle n’est pas exactement le même que celui de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres sous influence nazie, mais, comme nous l’avons vu, les similitudes sont importantes. Et l’abandon de la pensée individuelle à une idéologie agressive est particulièrement similaire, tout comme certaines des conséquences terribles. Une telle comparaison approximative a déjà été relevée.

En 1992, en Israël, un débat télévisé opposa Yeshayahu Leibowitz (1903-1994), sans doute le plus grand critique social israélien de son époque, à l’homme politique israélien Tommy Lapid (1931-2008), lui-même rescapé de la Shoah.

Leibowitz, qui avait auparavant forgé le terme « judéo-nazi » pour désigner la dégradation morale d’un nombre croissant d’Israéliens, fut interpellé par Lapid.

Ce dernier demanda à Leibowitz : « Les brûlons-nous [les Palestiniens] ? Les envoyons-nous dans des chambres à gaz ?» Leibowitz marqua une pause, réfléchit, puis répondit : « Voilà votre prophétie. »

Aujourd’hui, il n’y a pas de chambres à gaz à Gaza, pourtant la prophétie attribuée à Lapid s’est réalisée par d’autres moyens : guerre éclair, massacres massifs et aveugles, et une majorité de la population juive israélienne froidement indifférente aux horreurs qu’elle a perpétrées.

En fin de compte, si des Juifs israéliens peuvent être transformés en génocidaires, d’autres peuples le peuvent aussi.

Il suffit d’un environnement qui désigne des ennemis spécifiques, encourage l’abandon de la pensée indépendante au profit d’une pensée idéologique (en particulier raciste), affaiblit les freins comportementaux, et l’on se retrouve sur la voie du massacre et du génocide.

Lawrence Davidson est professeur émérite d’histoire à l’université de West Chester en Pennsylvanie. Depuis 2010, il publie des analyses sur divers sujets liés à la politique intérieure et étrangère des États-Unis, au droit international et humanitaire, ainsi qu’aux pratiques et politiques israéliennes et sionistes.

Cet article provient de son site, TothePointAnalysis.com.

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et peuvent ou non refléter celles de Consortium News.

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et peuvent ou non refléter celles de Palestiniens et Juifs unis.

Israel Replicating a Genocidal Mindset – Consortium News

Lire aussi:

Yeshayahu Leibowitz  https://fr.wikipedia.org/wiki/Yeshayahou_Leibowitz

https://paju.org/fr/la-collaboration-sioniste-avec-le-troisieme-reich-laccord-haavara

https://paju.org/fr/sondage-une-majorite-ecrasante-de-juifs-israeliens-partagent-la-croyance-genocidaire-selon-laquelle-il-ny-a-pas-dinnocents-a-gaza

https://paju.org/fr/nier-la-famine-a-gaza-nest-pas-moins-ignoble-que-nier-lholocauste

https://paju.org/fr/deux-aines-palestiniens-enleves-utilises-comme-boucliers-humains-puis-assassines-par-larmee-israelienne

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