Le projet de loi HB 256 du New Hampshire, s’il est adopté, créerait une commission législative chargée d’enquêter sur la question de savoir si les États-Unis ont correctement déterminé la culpabilité des responsables civils et militaires israéliens dans l’attaque meurtrière perpétrée par Israël contre l’USS Liberty en 1967.
le 21 janvier 2025
En 1986, le sénateur Daniel Patrick Moynihan reçut la médaille du Sceau de la CIA « en reconnaissance de ses réalisations exceptionnelles en tant que chef de file dans la mise en place d’un contrôle du renseignement ». En 1995, lors de l’ouverture de la 104e session du Congrès des États-Unis, le sénateur Moynihan déclara à ses collègues et à la nation : « Le secret est une maladie. Il engourdit l’esprit.»
Ces propos faisaient suite à la présentation du projet de loi n° 126 du Sénat, intitulé « Loi de 1995 portant abolition de la CIA ». Le projet de loi de Moynihan ne trouva aucun cosignataire et fut apparemment rejeté sans que la commission spéciale du renseignement du Sénat ne lui présente de projet de loi équivalent à celui de la Chambre des représentants.
Depuis 1995, le mal du secret n’a sans doute fait que s’aggraver au sein du gouvernement fédéral. Personnellement, je peux témoigner que cette « secretite » (que j’appellerai faute de mieux) affecte bel et bien l’état d’esprit collectif du gouvernement fédéral. Dans mon cas, elle s’est manifestée par une forme de paranoïa.
Voyez-vous, il y a plusieurs années, j’ai demandé à trois agences de renseignement américaines – dont la CIA – un ensemble de documents relatifs à l’attaque israélienne meurtrière de 1967 contre l’USS Liberty (AGTR-5). Devant le tribunal, le gouvernement a notamment répondu que le refus de divulguer bon nombre de ces documents vieux de près de 60 ans était justifié, car les informations qu’ils contenaient, si elles étaient divulguées, « étaient susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale, notamment à la lutte contre le terrorisme transnational… »
La législature du New Hampshire
Heureusement, grâce à leur assemblée législative, les citoyens du New Hampshire sont sur le point d’infliger une correction, certes modeste mais significative, au gouvernement fédéral. Un nouveau projet de loi s’appuie sur le travail de l’ancien représentant Jason Gerhard, principal instigateur du projet de loi Liberty de l’année dernière. Le représentant Tom Mannion a déclaré à ce sujet : « Après avoir entendu les témoignages des survivants durant mon premier mandat, il est devenu évident que notre gouvernement fédéral avait failli à sa mission envers ces hommes et notre pays. J’ai présidé la commission d’étude intérimaire qui, l’année dernière, a recommandé à l’unanimité le redépôt du projet de loi cette année.»
Ce mois-ci, Matthew R. Sabourin dit Choinière, ancien capitaine de l’US Air Force, a présenté le projet de loi 256, qui compte à ce jour cinq co-auteurs. S’il est adopté, le projet de loi 256 créerait une commission législative chargée d’étudier :
…la réponse du gouvernement fédéral à l’attaque israélienne de 1967 contre l’USS Liberty (AGTR-5). Plus précisément, le comité devra enquêter, au mieux de ses capacités, sur la question de savoir si le gouvernement des États-Unis a correctement déterminé la culpabilité des responsables civils et militaires israéliens dans cette attaque.
Dans mon article du mois dernier sur Antiwar.com – étayé par des documents non classifiés et déclassifiés – j’ai démontré que le gouvernement américain n’a jamais enquêté sur la responsabilité des responsables civils et militaires israéliens dans l’attaque. Refuser de mener une enquête approfondie est une autre façon de dissimuler des informations compromettantes et, par conséquent, de les cacher au public américain. Le mois dernier, j’ai également démontré que le gouvernement retient toujours des centaines de pages de documents qu’il a jugés pertinents pour comprendre l’attaque et/ou la riposte du gouvernement.
Dans cet article, en m’appuyant sur mon témoignage écrit en faveur du projet de loi précédent, présenté l’année dernière, je vais exposer six raisons pour lesquelles les législateurs et les citoyens du New Hampshire devraient soutenir le projet de loi HB 256 (et pourquoi les législateurs et les citoyens des quarante-neuf autres États devraient suivre l’exemple du New Hampshire).
Premièrement, depuis l’arrestation en 1985 de l’espion israélien d’origine américaine Jonathan Pollard, la politique étrangère américaine à l’égard d’Israël n’a peut-être jamais été scrutée d’aussi près qu’aujourd’hui. Alors que les habitants du New Hampshire et d’autres Américains, citoyens et décideurs politiques confondus, reconsidèrent nos relations avec Israël, ils méritent d’être pleinement informés, entre autres, de l’attaque israélienne contre le Liberty et, plus important encore peut-être, des raisons pour lesquelles les responsables américains n’ont jamais enquêté correctement sur la culpabilité d’Israël.
Il convient peut-être de rappeler ici le discours d’adieu du président George Washington en 1796, qui mettait en garde contre les conséquences néfastes suivantes :
« L’attachement passionné d’une nation pour une autre engendre toutes sortes de maux. La sympathie pour la nation favorite, qui entretient l’illusion d’un intérêt commun imaginaire là où il n’en existe aucun, et qui insuffle à l’une les inimitiés de l’autre, conduit la première à participer aux querelles et aux guerres de la seconde sans justification ni incitation suffisante.»
Ensuite, les militaires américains, y compris ceux du New Hampshire, et leurs familles méritent de savoir que s’ils sont tués ou blessés dans l’exercice de leurs fonctions par les forces d’une puissance étrangère, le gouvernement américain demandera des comptes aux responsables de cette puissance. Et si le gouvernement fédéral manque à cette obligation, les États lui demanderont des comptes.
Troisièmement, dans le cas précis du Liberty, les familles des militaires et des civils décédés lors de l’attaque (ou depuis) ainsi que les survivants méritent l’assurance que les États-Unis ont tout mis en œuvre, dans la limite de leurs moyens, pour établir les faits pertinents expliquant pourquoi les forces israéliennes ont attaqué le Liberty. Ils méritent également de savoir pourquoi le gouvernement fédéral a, jusqu’à présent, refusé de mener une enquête approfondie et rigoureuse à cette fin.
Ceci concerne bien sûr la famille du commandant de la marine américaine David Edwin Lewis, survivant du Liberty, né à Colebrook (New Hampshire) en 1931 et décédé dans le même État en 2021. Comme l’a déclaré le représentant Sabourin dit Choiniere : « Nous sommes fiers de nos anciens combattants dans le New Hampshire et nous sommes heureux d’offrir à l’équipage du Liberty l’opportunité de partager son histoire avec le public. C’est un effort collectif et la famille du commandant Lewis est très reconnaissante. »
Quatrièmement, un nombre non négligeable de citoyens du New Hampshire soutiennent sans aucun doute un examen du type de celui envisagé par le projet de loi HB 256. Par exemple, deux organisations d’anciens combattants américains, reconnues par le Congrès, ont adopté à plusieurs reprises des résolutions nationales en faveur d’une enquête parlementaire complète et approfondie (voir les résolutions de l’American Legion 508 de 1967 et 40 de 2017, ainsi que les résolutions 470 de 2002, 403 de 2003, 424 de 2006, 420 de 2007, 413 de 2009 et 423 de 2013 des Veterans of Foreign Wars). Des anciens combattants du New Hampshire sont membres de ces deux organisations.
Cinquièmement, même certains fervents défenseurs d’Israël soutiennent une enquête. L’historien Michael Oren a servi pendant des décennies dans l’armée israélienne, au sein des forces armées ou dans la réserve. Il a également été député à la Knesset et ambassadeur d’Israël aux États-Unis. En 2007, Oren déclarait au Chicago Tribune : « L’affaire de l’attaque contre le Liberty n’a jamais été close.» L’article poursuit : « Au contraire, affirmait Oren, les accusations portées contre Israël se sont amplifiées avec le temps. » Dans une interview, Oren expliquait qu’il pensait qu’une enquête officielle menée par les États-Unis, même quarante ans plus tard, serait utile, ne serait-ce que pour établir enfin l’innocence d’Israël. Dix-huit ans plus tard, rien n’a changé quant au fond de l’argument d’Oren.
Enfin, le New Hampshire (et d’autres États) peut et doit s’inscrire pleinement dans un fédéralisme dynamique. Comme l’a observé James Madison dans le Federalist n° 45, en vertu de la Constitution américaine, les États « conservent… une part très importante de souveraineté active » et « les gouvernements des États peuvent être considérés comme des composantes essentielles du gouvernement fédéral… ». Madison a précisé dans le Federalist n° 51 que les États-Unis ne sont pas une « république unique », mais une « république composée » où « le pouvoir cédé par le peuple… est divisé entre deux gouvernements distincts… ». Cette répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les États crée « une double garantie… des droits du peuple », de sorte que « les différents gouvernements se contrôlent mutuellement… ».
De plus, le pouvoir d’enquêter sur les affaires fédérales n’est délégué ni exclusivement ni explicitement au Congrès ; il s’agit d’un pouvoir implicite. Ainsi, en vertu de notre système fédéral et du Dixième amendement de la Constitution, le New Hampshire conserve l’autorité d’ouvrir sa propre enquête sur les (mauvaises) conduites du gouvernement fédéral. Idéalement, le gouvernement fédéral aurait dû enquêter correctement sur l’attaque contre le Liberty il y a des décennies. Il ne l’a pas fait.
Une étape importante
Lorsque les responsables fédéraux manquent à leurs devoirs, les États et leurs citoyens ne sont pas sans recours. Ils ont la capacité, et sans doute le devoir, d’exercer leur propre contrôle sur les cas importants d’inaction ou de faute de la part du gouvernement fédéral. Certes, le New Hampshire ne peut contraindre le gouvernement fédéral à coopérer à une enquête ni à prendre des mesures sur la base des conclusions d’une enquête menée par cet État. Toutefois, cela ne devrait pas dissuader le Granite State de rechercher la vérité, de fournir des informations essentielles au public et d’exiger des comptes du gouvernement fédéral devant l’histoire et l’opinion publique.
Bien que le projet de loi HB 256 n’enjoint pas explicitement le New Hampshire à enquêter sur l’attaque du Liberty, il représente potentiellement un pas important dans cette direction. Une décision législative officielle de l’État, constatant le manquement du gouvernement fédéral à ses responsabilités envers la nation et l’équipage de l’USS Liberty, peut et doit être transmise à la délégation du New Hampshire au Congrès. Elle pourrait également inciter d’autres États à prendre des initiatives similaires afin de créer la dynamique nécessaire pour que le Congrès ouvre une enquête et que le Président déclassifie intégralement les documents – amorçant ainsi le traitement indispensable du secret qui entoure ces affaires. De plus, elle témoignerait d’une forte solidarité envers les familles des victimes du Liberty et les survivants qui ont vécu l’horreur de cette journée.
Michelle J. Kinnucan est une chercheuse indépendante dont les articles ont été publiés dans Common Dreams, Critical Moment, Palestine Chronicle, Arab American News, et d’autres revues. Son enquête de 2003 sur le Global Intelligence Working Group (Groupe de travail sur le renseignement mondial) a été publiée dans Censored 2005 : The Top 25 Censored Stories (Seven Stories Pr., 2004) et elle a contribué à l’ouvrage Finding the Force of the Star Wars Franchise (Peter Lang, 2006). Vous pouvez la contacter à l’adresse suivante : libertylawsuit@secure.mailbox.org.
Federalism, New Hampshire, and the USS Liberty (Republié depuis Antiwar.com)
Lire aussi: (anglais) Deadly USS Liberty Attack Records Remain Secret – For Now | Israel Palestine News
