20 Mar, 2026

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Israël est devenu dangereux pour les Juifs du monde entier

AMIRA HASS

D’Amsterdam à Detroit, les attaques contre les synagogues montrent comment les guerres et la rhétorique d’Israël débordent sur les communautés de la diaspora.

Israël est dangereux pour les Juifs, précisément parce qu’il se présente comme le représentant du peuple juif à travers les générations. Lorsqu’il bombarde l’Iran et écrase le Liban avec les États-Unis, forçant des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers, Israël agit au nom du peuple juif, et non seulement au nom de ses citoyens juifs.

Alors qu’il poursuit une guerre d’anéantissement et de vengeance – actuellement dans sa phase de faible intensité – contre la population palestinienne, confinée à 48 % de la bande de Gaza, et après avoir dépeint les Palestiniens comme un maillon d’une chaîne historique d’ennemis jurés, il se fait l’ambassadeur des Juifs du monde entier.

Lorsqu’Israël laisse carte blanche à ses colons et à ses mista’arvim (unités infiltrées se faisant passer pour des Palestiniens) pour tuer des Palestiniens, il espère attirer sur son territoire des Juifs de la diaspora qui s’y installeront ou, à tout le moins, y investiront leurs richesses. En accélérant l’expulsion des Palestiniens de la majeure partie de la Cisjordanie vers des enclaves planifiées de longue date, Israël agit en pensant aux millions de Juifs qui pourraient encore être contraints de fuir et d’immigrer vers lui, si Dieu le veut, face à la montée de l’antisémitisme.

Du 3 au 14 mars, au moins sept incidents violents ont été signalés contre des synagogues et une école juive ultra-orthodoxe au Canada, en Europe et aux États-Unis ; aucun décès n’a été déploré. Le choix d’institutions religieuses comme cibles pour des attentats à l’explosif, même artisanal, est empreint d’antisémitisme. Ces institutions sont associées à un groupe spécifique et constituent donc des cibles évidentes et faciles pour des actes de violence. Très probablement, s’il y avait eu des victimes, il s’agirait de Juifs manifestement étrangers à ces actes.

Une attaque contre une synagogue, même si elle se voulait initialement symbolique, révèle une volonté d’instiller la peur et de nuire aux Juifs ailleurs dans le monde. Une attaque contre une synagogue de la diaspora, en particulier, est le reflet de la prétention d’Israël à représenter chaque Juif et est donc extrêmement insensée. Elle pourrait inciter les gens à immigrer en Palestine, ce qui est contraire aux intérêts palestiniens.

Mais les attaques signalées expriment aussi un désir de vengeance. Pour une famille anéantie, pour un quartier résidentiel disparu, pour des enfants extraits tremblants des décombres. Qui mieux qu’Israël et ses citoyens juifs peut comprendre ce désir de vengeance ? Depuis le 7 octobre 2023, une vengeance sadique est devenue le principe directeur de trop de gardiens de prison, de soldats, de colons, d’informateurs épluchant les publications Facebook et de policiers.

Ce n’est absolument pas la même chose, diront nos politiciens et diplomates. Et ils auraient raison. Car la vengeance israélienne sert un dessein géopolitique ancestral : débarrasser le pays de tous ses Arabes. Se venger de nous est une vengeance gratuite, dénuée de toute stratégie et de toute logique.

Entre le vendredi 13 et le samedi 14 mars, un engin explosif a explosé près du mur extérieur d’une école juive à Amsterdam ; la photographie montre des traces de suie sur un tuyau et des briques. Environ 24 heures plus tôt, le 12 mars, un engin similaire avait explosé près d’une synagogue à Rotterdam ; la porte d’entrée a été endommagée. Un autre engin explosif a explosé à l’aube du 9 mars devant une synagogue à Liège, en Belgique ; ses vitres et celles d’un bâtiment voisin ont été brisées. Auparavant, le 6 mars, des coups de feu avaient été tirés sur une synagogue à North York, au Canada. Des douilles et des impacts de balles ont été retrouvés dans les vitres.

Jeudi dernier, le 12 mars, un homme armé a foncé avec son véhicule sur le Temple Israël, une grande synagogue réformée située dans la banlieue de Détroit. La police a abattu le conducteur, un Libanais dont la famille avait été tuée lors de bombardements israéliens. Dans tous les cas, la police est intervenue rapidement. Dans certains cas, une organisation chiite a revendiqué l’attentat.

Sur X, le ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a publié : « À Rotterdam, une synagogue a été attaquée hier. Mais les Pays-Bas ont jugé plus important d’intervenir dans l’affaire montée de toutes pièces par l’Afrique du Sud contre l’État d’Israël. C’est honteux ! »

Sa vice-présidente, Sharren Haskel, a également pris la parole sur la chaîne X pour s’adresser aux Pays-Bas, sur un ton toutefois plus indulgent : « Les dirigeants européens sont confrontés à un moment historique de décision : entre l’islamisme radical et les valeurs de la civilisation démocratique occidentale… Les dirigeants européens doivent choisir leur camp dans ce chapitre de l’histoire de l’humanité. Je ne m’excuserai jamais d’avoir défendu le peuple juif – en Israël et dans toute la diaspora. Pour moi, c’est un devoir moral.»

Selon le président israélien Isaac Herzog, ce dernier a exprimé la solidarité d’Israël avec les Juifs des Pays-Bas lors d’une conversation avec des responsables des communautés juives d’Amsterdam et de Rotterdam.

Ces trois-là ont-ils jamais exhorté la police israélienne à agir contre le « judaïsme radical » qui déclenche quotidiennement des pogroms non symboliques en Cisjordanie ? Bien sûr que non. Eux et d’autres représentants israéliens qui s’empressent de sermonner les Européens et de crier à l’« antisémitisme » pour chaque graffiti dans un cimetière battent des records d’hypocrisie et de duplicité. Il en va de même pour les dirigeants juifs officiels de la diaspora, qui continuent de soutenir Israël coûte que coûte et ne désavouent même pas publiquement la violence meurtrière des colons, perpétrée au nom de leur Dieu et de leur histoire.

Il est donc facile d’attribuer à chaque Juif de la diaspora une complicité et un soutien à chaque atrocité commise par Israël et les soldats et colons qu’il recrute à cette fin.

https://www.haaretz.com/opinion/2026-03-17/ty-article-opinion/israel-has-become-dangerous-for-jews-around-the-world/0000019c-f638-d938-a9fd-fe39928d0000

Amira Hass est une journaliste, chroniqueuse, militante et auteure israélienne, principalement connue pour ses chroniques dans le quotidien Haaretz, où elle couvre l’actualité palestinienne à Gaza et en Cisjordanie. Frustrée par les événements de la Première Intifada et par ce qu’elle considérait comme leur couverture insuffisante par les médias israéliens, elle a commencé à réaliser des reportages depuis les territoires palestiniens en 1991. En 2003, elle était la seule journaliste israélienne juive à avoir vécu à temps plein parmi les Palestiniens. Elle a vécu à Gaza de 1993 à 1997. En 1999, Amira Hass a publié son ouvrage marquant, « Drinking the Sea at Gaza: Days and Nights in a Land Under Siege», un récit de la vie à Gaza pendant une période de conflit et de difficultés.

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https://paju.org/fr/le-choix-apartheid-genocide-ou-democratie-partagee

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