Leïla Shahid, née Leïla al-Husseini Shahid le 13 juillet 1949 à Beyrouth au Liban et morte le 18 février 2026 à Lussan en France, est une diplomate palestinienne, déléguée générale de Palestine en France de 1994 à 2005 et déléguée générale de Palestine auprès de l’Union Européenne, de la Belgique et du Luxembourg, de 2005 à 2015.
Leïla Shahid est née dans une famille déjà très impliquée dans le mouvement national palestinien après la chute de l’Empire ottoman et l’institution du mandat pour la Palestine, censée préparer à l’indépendance. Sa mère Sirine Husseini Shahid est issue de deux grandes familles de Jérusalem, la famille des al-Husseini, elle est une petite-nièce du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini, et la famille des al Alami. Elle est la petite-fille de Faydi al-Alami, maire de Jérusalem de 1906 à 1909 et député de Jérusalem au parlement ottoman de 1914 à 1918. Moussa al-Alami, le père de Faydi al Alami, avait lui aussi été maire de Jérusalem à la fin du dix-neuvième siècle. Abd al-Kader al-Husseini, combattant durant la guerre de Palestine de 1948, mort au combat, fait partie de ses cousins.
À l’époque de la Palestine mandataire, les leaders du mouvement nationaliste palestinien étaient déportés par les britanniques vers des camps militaires et leurs familles étaient déportées vers des pays sous mandat français. C’est ainsi que la mère de Leïla Shahid a été déportée au Liban, où elle a rencontré son futur mari Munib Shahid, originaire de Saint Jean d’Acre en Palestine et arrière-petit-fils de Baha u Allah, fondateur de la foi bahaï, qui effectuait alors ses études de médecine à l’American University of Beyrouth (AUB), où il sera professeur de médecine. Ils se sont mariés en 1944 et ils ont eu trois filles, Leïla Shahid, qui a épousé Mohammad Berrada, Maya Shahid, qui a épousé David Corm, et Zeina Shahid, qui a épousé Souheil Rached.
La guerre des Six Jours a éclaté le 5 juin 1967, le jour où Leïla Shahid a passé son baccalauréat au collège protestant français de Beyrouth. Bouleversée par la défaite inattendue de l’armée syrienne, de l’armée égyptienne et de l’armée jordanienne, face à l’attaque surprise de l’armée israélienne, la jeune fille réagit en s’impliquant dans l’action en s’engageant au sein du Fatah. Elle décide de se consacrer à une activité sociale et politique dans les camps de réfugiés palestiniens du Sud Liban.
En 1968, Leïla Shahid entreprend des études de sociologie et d’anthropologie à l’AUB, un des foyers historiques de la contestation politique palestinienne. En 1974, elle soutient une thèse qui a pour thème la structure sociale des camps de réfugiés palestiniens, puis elle s’inscrit à l’École Pratique des Hautes Etudes (EPHE) de Paris pour préparer un doctorat sur le même sujet. Elle rencontre à Paris Ezzedine Kalak, futur représentant de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) en France, assassiné en 1978, qui la pousse à le remplacer à la présidence de la General Union of Palestinian Students (GUPS) en France en 1976.
Évoluant dans un milieu d’intellectuels dans lequel il y a des universitaires, des écrivains, des cinéastes de la Nouvelle Vague et les critiques de la revue des Cahiers du Cinéma, la jeune militante fait la connaissance de l’écrivain marocain Mohamed Berrada qu’elle épouse en 1978. Ils vivent au Maroc pendant près de dix ans où ils reçoivent fréquemment leur ami Jean Genet, puis, après Bruxelles, dans un hameau du Gard, département du Sud de la France.
Au mois de septembre 1982, en compagnie de Jean Genet, Leïla Shahid part à Beyrouth. C’est alors qu’ont lieu les massacres des camps de réfugiés de Sabra et de Chatila, situés au sud de la ville, massacres perpétrés par les Phalanges libanaises. L’armée israélienne fut accusée de porter une responsabilité indirecte pour ne pas les avoir empêchés alors qu’elle contrôlait les accès au camp. Arrivés sur place, Leïla Shahid et Jean Genet découvrent une vision d’horreur qui inspirera à l’écrivain Quatre Heures à Chatila et le Captif Amoureux dédié aux Palestiniens.
En 1989, Leïla Shahid est nommée représentante de l’OLP en Irlande. En 1990, elle est nommée représentante de l’OLP aux Pays-Bas et au Danemark. De 1994 à 2005, elle est déléguée générale de la Palestine en France.
De 2005 à 2015, Leïla Shahid est déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union Européenne à Bruxelles. Outre ses interventions régulières dans les médias et son action politique, elle a en automne 2008 initié la Saison Artistique et Culturelle Masarat Palestine, dans la Communauté Française Wallonie-Bruxelles, sous le haut patronage de la ministre des relations internationales de la communauté française avec le soutien de la ministre de la culture. Le comité palestinien pour l’organisation était placé sous la présidence du poète Mahmoud Darwich mort au mois d’août 2008.
Elle a pu visiter pour la première fois les territoires palestiniens en 1994 après la signature des accords d’Oslo en 1993. En 1999 et en 2000, elle participe au film de Richard Dindo, Jean Genet à Chatila. Elle est l’un des trois promoteurs du tribunal de Bertrand Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.
Au mois de mars 2009, Michèle Collery lui a consacré un film produit par la chaîne Arte et la Télévision Suisse Romande (TSR), « Leïla Shahid, l’espoir en exil ». En 2017, Michèle Collery a réalisé, avec Leïla Shahid, le documentaire « Jean Genet, un captif amoureux, parcours d’un poète combattant ».
En 2012, elle dresse le constat désabusé que le choix fait il y a vingt ans par l’Autorité Palestinienne de renoncer à la lutte armée n’a pas porté ses fruits, « nous avons décidé, il y a dix-neuf ans, d’arrêter la lutte militaire pour décider de négocier la solution à deux états, mais nous avons échoué. Cela fait vingt ans que nous négocions une solution de l’occupation militaire de nos territoires depuis quarante-cinq ans. Nous n’avons même pas réussi le retrait de l’armée israélienne de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Regardons la réalité en face. La communauté internationale est responsable aussi de notre propre échec ».
En 2015, elle prend sa retraite professionnelle pour se consacrer à des actions culturelles pour la diaspora palestinienne.
Le 9 octobre 2023, sur France Inter, devant Élie Barnavi, ancien ambassadeur israélien en France, elle dit que les images sont terribles et elle dit, comme Élie Barnavi, qu’elle est là pour essayer de comprendre les causes de cette situation.
Elle conteste le fait que cette attaque soit une attaque idéologique et elle rappelle que la Palestine vit depuis cinquante-six ans sous l’occupation militaire d’Israël, que les Palestiniens crèvent dans un ghetto, sans eau potable et sans pouvoir se soigner, et que cela peut provoquer de la rage et de la colère.
Mercredi 18 février 2026, gravement malade depuis plusieurs années, elle s’est donné la mort chez elle à la Lèque, un hameau de la commune de Lussan.
Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, dit que « Leïla Shahid était une défenseuse très véhémente de la cause palestinienne, mais elle était aussi tendue vers la paix, car elle soutenait la solution à deux états et la reconnaissance mutuelle ».
Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères, dit que « Leïla Shahid était une personnalité exceptionnelle, qui n’a jamais abandonné l’idée de la solution à deux états. Elle était le symbole de ce qu’il y avait avant, une époque de grande espérance ».
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le%C3%AFla_Shahid
https://www.fischer02003.over-blog.com/2026/02/hommage-a-leila-shahid.html
